Le gouvernement dévoile son projet de réforme ferroviaire
 
   
 
 
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Les mesures annoncées par Dominique Bussereau ne touchent pas aux grands équilibres. RFF reste maître d'oeuvre des sillons. La SNCF conserve les 14 400 agents de circulation, regroupés au sein d'une nouvelle direction. La seule révolution pourrait venir des régions, où les TER pourraient être mis en concurrence.


Le gouvernement a enfin livré le fond de sa pensée au sujet des deux rapports Haenel remis au Premier ministre à l'automne 2008. Auditionné le 3 décembre 2008 par la commission des affaires économiques du Sénat, le secrétaire d'Etat aux Transports, Dominique Bussereau, a dévoilé son projet de réforme ferroviaire, en réponse au diagnostic très sévère dressé par le sénateur du Haut-Rhin. Loin de bouleverser les grandes lignes d'équilibre entre la SNCF et RFF, les mesures proposées cherchent à apporter plus d'efficacité dans le système.

Sur le premier rapport, qui traite du partage des tâches entre RFF et la SNCF, Dominique Bussereau n'a finalement pas retenu l'idée, très controversée, d'une filiale d'exploitation au sein du groupe SNCF, pas plus que celle d'un transfert des horairistes à RFF. Il opte pour une solution << interne >> qui consiste à créer au sein de l'Epic une direction de l'exploitation indépendante, bénéficiant d'une grande autonomie de gestion. Tous les agents SNCF qui assurent des missions d'exploitation pour le compte de RFF – horairistes, les régulateurs, les agents de circulation -, soit 14 400 agents au total, intégreront cette structure, tout en conservant leur statut de cheminot. Cette idée, inspirée du modèle allemand de holding, a le mérite d'être soutenue à la fois par RFF et par la SNCF, qui l'ont fait émerger ensemble, suite à l'audit de l'Ecole polytechnique de Lausanne. Elle permet d'améliorer le dispositif tout en préservant la paix sociale. Reste à savoir si elle sera validée par Bruxelles.

<< Intégrer 14 400 personnes à une structure comme RFF, qui compte environ 800 salariés actuellement, serait difficilement réalisable. Les meilleures révolutions sont le plus souvent des évolutions >>, justifie le secrétaire d'Etat aux Transports, dans un entretien aux Echos, en date du 4 décembre 2008. Des modifications réglementaires et législatives sont attendues pour préciser la nouvelle organisation. Elles ont été intégrées dans le projet de loi sur la Commission de régulation des activités ferroviaires, étudiée par le Parlement en janvier 2009. Aucun texte n'a encore circulé mais, d'après les déclarations du secrétaire d'Etat, il semble d'ores et déjà acquis que la nouvelle direction disposera d'un budget propre. L'Etat étudie par ailleurs la possibilité de faire intervenir RFF dans la désignation du directeur. Juridiquement, la manoeuvre est compliquée ; la jurisprudence administrative interdisant de placer un établissement public sous la tutelle d'un autre. L'autre piste consisterait à faire nommer le directeur de l'exploitation en Conseil des ministres, après avis du président de la Commission de régulation.

Loin de dessaisir RFF des sillons comme le suggérait Hubert Haenel, le gouvernement a plutôt tendance à renforcer le rôle du gestionnaire d'infrastructure. Exemple : RFF devra étoffer sa plateforme commerciale, qui triplera ses effectifs pour atteindre 110 agents. Autre mesure annoncée : la possibilité pour RFF de facturer les sillons à la réservation et non plus à l'utilisation, et ce afin d'éviter les demandes abusives visant à saturer les capacités et à perturber les concurrents. Une modernisation des outils informatiques est également évoquée. Beaucoup plus en phase, les propositions du sénateur et celles du gouvernement convergent sur le bilan de la régionalisation. Reprenant la proposition de Hubert Haenel, Dominique Bussereau s'est dit prêt à modifier la loi pour permettre l'arrivée de la concurrence sur les réseaux TER. << Si certaines régions le souhaitent, je ne vois pas d'inconvénient à ce que le Parlement vote une modification de la ''Loti'' [la loi d'orientation sur les transports intérieurs, qui date de 1982, ndlr] >>, affirme le secrétaire d'Etat aux Echos. L'ARF (Association des Régions de France) et le Gart (Groupement des autorités responsables de transport) ont été invités à faire leurs propositions. La manoeuvre, plutôt habile, permet au gouvernement de ne pas porter seul la responsabilité politique de la libéralisation. Aux régions d'en décider. Une façon de mettre celles-ci face à leurs responsabilités, à la veille des échéances électorales de 2010. Le gouvernement suggère par ailleurs la mise en place d'un comité chargé de réfléchir aux implications concrètes de la concurrence sur les réseaux TER : une région candidate doit-elle nécessairement attendre que sa convention de gestion parvienne à échéance ? Le matériel roulant est-il la propriété des régions ou de la SNCF ? Sous quelles conditions pourrait-il être réutilisé ? Que deviennent les cheminots en cas de mise en concurrence ? Peuvent-ils être mis à disposition d'un autre opérateur ? Et si oui, quel serait leur statut ? Les champs à défricher sont vastes. Un immense casse-tête en perspective.

Plutôt satisfait des réponses apportées à son second rapport, Hubert Haenel ne cache pas sa déception, en revanche, sur les mesures qui concernent la réorganisation ferroviaire. << Pourquoi ne pas aller au bout de la logique ? Pourquoi créer une direction autonome plutôt que filiale ? >>, s'interroge Hubert Haenel, qui doute que ces mesures suffisent à Bruxelles.

 

-> Source : La Vie Du Rail Internationnal n°29

 


Dominique Bussereau : << la concurrence arrive, la SNCF s'y prépare >>

 

Neuf mois avant l'ouverture à la concurrence du transport ferroviaire international de voyageurs, Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat chargé des Transports, a fait le point lors d'une rencontre avec des journalistes ferroviaires, le 12 mars dernier.

Un marché français dynamique
<< Je pense que le développement est fondé sur la concurrence. Si ce moyen de transport n'est plus un mode dont on parle au passé, c'est parce qu'il correspond aux attentes des populations, aux attentes "grenelliennes", mais aussi parce que la concurrence, d'une certaine manière et à l'exception du fret pendant la crise, crée du trafic. Au 13 décembre prochain, rien n'empêchera la DB de faire un Kehl - Strasbourg - Lyon, la SNCB de faire un Mons - Tours ou la SNCF de faire un Hendaye - Madrid, par exemple. Le cabotage n'est accepté que s'il ne constitue pas l'objet principal du service international. Ce point posera sans doutes des problèmes d'interprétation, et cela sera du ressort de l'Autorité de régualtion des activités ferroviaires (Araf) de créer une jurisprudence. >>
<< La concurrence va arriver, la SNCF s'y prépare. Il existe d'autres opérateurs en France et il y en a beaucoup à nos frontières. Le marché français est extrêmement fort :  nous le sommes le seul pays en Europe où la population se developpe, Paris est la première destination touristique mondiale et, en outre, nous sommes le point de passage obligatoire pour l'accès à la péninsule Ibérique et peut être demain au Maroc. La crise va peut être retarder l'arrivée de la concurrence, mais, de toute façon, celle-ci se fera. >>

Une autorité de régulation dès l'automne
<< Le projet de loi relatif à l'organisation et à la régulation des transports ferroviaires a été voté par le Sénat en première lecture lundi 9 mars. En fonction du calendrier parlementaire, l'objectif est qu'il arrive avant l'été, afin de rapidement mettre en place les instances prévues, comme l'Araf. A parti du moment où la loi aura été votée, il faudra trois mois, d'après les textes, pour la mettre en oeuvre. Mon objectif est qu'elle soit en place avant le service d'hiver, qui verra l'entrée en vigueur de la libéralisation du transport international de voyageurs. La nouvelle autorité disposera d'un pouvoir de régulation, d'investigation et de sanction. Son organisation sera comparable à celle de la Commission de régulation de l'énergie : elle sera composée d'un collège de sept commissaires nommés pour six ans et irrévocables et de services dirigés par un secrétaire général comprenant des juristes comptables et des économistes. Son objectif devrait avoisiner 60 personnes et son budget, 8 millions d'euros. Je souhaite que nous y nommions des personnalités fortes. Jacques Barrot pourrait en faire un excellent président. Cette aurorité est très européenne, qui nous à mis en demeure dans ce domaine. >>

 Une direction Exploitation au 1er Janvier 2010
<< J'ai proposé un amendement [loi n° 82-1153 du 30 décembre 1982 d'orientation des transports intérieurs] créant au sein de la SNCF un service spécialisé, séparé du reste de l'entreprise, qui devra gérer le trafic et la circulation sur le réseau ferroviaire national. Ce service regroupera 14 400 agents en charge de la production et de la gestion des sillons, comme les horairistes, les régulateurs et les agents de circulation. Ces agents appartiendront toujours à la SNCF, ils ne changeront pas de statut, mais cette structure disposera d'un budget propre et son directeur sera nommé par l'Etat, après avis du président de l'Araf. En outre, je demande à RFF de mettre en place une plate-forme commerciale afin d'assurer la relation commerciale avec les entreprises ferroviaires. Cette direction Exploitation doit être en place pour le 1er Janvier 2010. << D'autres solutions ont été évoquées. Il a été ainsi préconisé de créer une filiale au sein de la SNCF, mais ce dispositif aurait été très lourd. Un tranfert des 14 400 cheminots concernés à RFF a également été envisagé, mais il n'est pas apparu souhaitable. Ainsi, ce compromis nous permet de nous mettre en conformité avec la réglementation européenne et de faire en sorte que le lien avec la SNCF ne soit pas cassé : une direction indépendante, au sein de l'entreprise. >>

Libéralisation du transport régional : création d'un comité
<< Le rapport du sénateur Hubert Haenel évoque l'ouverture du réseau régional à d'autres opérateurs que la SNCF. Il y a un débat sur le fait de savoir si la directive européenne est immédiatement applicable ou s'il faut modifier la Loti [loi d'orientation des transports intérieurs]. Ce débat n'est pas forcément tranché, puisque les avis sont assez divergents. Si nous ouvrons le réseau régional, d'autres problèmes sont à régler : la propriété du matériel roulant, le transfert du personnel, l'utilisation des gares [rapport de mission de la sénatrice Fabienne Keller], le calendrier, quid des conventions actuelles entre régions et SNCF, les périmètres, etc. Hubert Haenel a proposé la mise en oeuvre d'un comité comprenant des représentants de l'Etat, des autorités organisatrices, RFF, la SNCF, les entreprises ferroviaires, les clients. L'idée est d'examiner si on peut expérimenter, dans des régions qui le souhaiteraient, une ouverture soit à l'échelle d'une région, soit à l'échelle d'une région, soit à l'échelle d'une ligne, soit à l'échelle d'un groupe d eligne. Ce comité sera chargé d'établir des recommandations et des préconisations pratiques en la matière. L'objectif est de le mettre en place d'ici mi-avril. A sa tête, je verrais une personnalité consensuelle comme Hubert Haenel ou Francis Grignon. >>

Une << direction gares >> autonome
<< Suite au rapport de mission de la sénatrice Fabienne Keller, et à la demande du Premier ministre, nous allons immédiatement veiller à la mise en place : d'une direction plus autonome des gares au sein de la SNCF, organisation claire, transparente et séparée de l'activité concurrentielle de transporteur ferroviaire. Non seulement elle prendra en compte les aspects techniques, mais elle intégrera la gare dans sa dimension managériale ; de managers de gare, des patrons responsables des gares à la fois dans leur dimension exploitation et dans leur dimension ressources (boutiques, services publics, etc.).
<< La gare est un lieu ferroviaire et un lieu d'activité et de service. Ce que nous y trouvons doit avoir un lien avec le voyage, mais pas seulement. La puissance de la gare, c'est le centre ville. << Dans le cadre de l'ouverture à la concurrence du transport ferroviaire international de voyageurs, les opérateurs pourront y trouver tout ce dont ils auront besoin : espaces de vente, d'accueil, etc. C'est une obligation à laquelle la SNCF devra se plier. Si des dysfonctionnements devaient apparaître, l'Araf contrôlera et sanctionnera. La séparation entre les activités gare et transport s'effectuera sous le contrôle de l'Araf. Les gares seront des lieux ouverts à la concurrence, pour le plus grand bien du voyageur. Meilleurs prix, meilleures relations... Cela transférera des gns de l'avion vers le train, ce qui est très "grenellien".

-> Sources : Rail Passion N° 139 Mai 2009

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